Ecocide : sommes-nous des criminels ?

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L’actualité écologique de ces dernières semaines, outre le fait que l’on tombe dans des nouvelles de plus en plus pessimistes et que l’on se demande si l’évolution des mentalités ne va pas vers le bas, a laissé filtrer plus d’une fois le terme d’ « écocide ».

Reporterre, Le Monde, Le monde diplomatique, et j’en passe, ce terme a tellement était présent dans l’actualité qu’il a failli dépasser celui du mariage de Meghan Markle et du prince Harry, ce qui reconnaissons-le aurait été dommage …. Mais de quoi parle-t-on vraiment ? Quelle définition donner au terme d’écocide ? Pourquoi Meghan épouse-t-elle Harry ?

« Eco » vient du grec oikos, qui signifie « maison », et « cide » du latin « caedere » qui signifie « tuer ». Littéralement le terme d’écocide se définit comme le fait de « tuer sa maison ». Construit à partir des mots « écosystèmes » et « génocide », être accusé du crime d’écocide c’est être reconnu coupable d’avoir détruit de manière irréversible (sans que la Terre puisse se ré-équilibrer et s’adapter) un environnement particulier.

Peut-être que ces exemples d’écocide vous aideront à comprendre un peu mieux le concept :

– Durant la guerre du Vietnam, pour lutter contre les soldats ennemis qui avaient l’avantage stratégique de connaître la géographie des lieux et de savoir l’utiliser, les forces américaines ont bombardé le territoire d’un puissant insecticide, l’agent orange (surprise surprise : qui était un des fournisseurs de l’agent orange aux forces américaines ? Monsanto pardi !). Plus d’un quart des forets sud-vietnamiennes ont été définitivement perdues, incapables de repousser sur un sol devenu définitivement stérile. Et c’est sans parler des dommages collatéraux humains, encore éprouvés aujourd’hui par des milliers d’enfants nés avec maladies et malformations.

–    Autre exemple : la déforestation du l’Île de Pâques, au XVI siècle, pour subvenir à la croissance démographique des habitants. Cet écocide est particulièrement intéressant à étudier car il est à l’origine de l’élaboration du « syndrome de l’île de Pâques » par J.F Richard en 2005. Cette réflexion met en exergue la tendance humaine à vouloir toujours plus, à la surproductivité jusqu’à la disparition totale des ressources présentes et donc à terme la disparition également de l’homme qui n’a plus de ressources à puiser. Une théorie qui n’a jamais été autant d’actualité vous ne trouvez pas ? Quel intérêt de courir à autant d’évolution si c’est pour finalement revenir au point de départ de la course ? L’évolution est un cycle, plus on avance, plus on recule.

D’un point de vue juridique, la notion d’écocide est loin, très loin, d’être récente. Débattue pour la première fois en 1947 au sein de la Commission du droit international qui préparait alors son Code des crimes contre l’humanité, elle n’y sera finalement pas intégrée. Depuis, diverses tentatives ont visé à intégrer le concept dans le droit international soit en tant qu’amendement au Statut de la Cour pénale internationale, soit en tant que directives européennes, voir même via la création de nouvelles juridictions officielles (Cour Pénale de l’environnement) sans grand succès jusqu’à maintenant.

Mais pourquoi les instances gouvernementales, la juridiction internationale et une partie de l’opinion publiques ont-ils autant de difficultés à accepter que l’on puisse sanctionner les atteintes à l’environnement ? Et bien quand on y réfléchit attentivement, cette lenteur d’action et ce conservationniste préhistorique ne sont pas s’y étonnants…

L’écocide est de toute évidence un concept clé pour protéger la nature. Cependant reconnaitre le crime d’écocide c’est reconnaître la responsabilité de l’Homme dans la destruction de l’environnement et reconnaître que cette responsabilité doit être rendue illégale et donc sanctionnée. Et reconnaitre que ces actes sont illégaux nécessite implicitement de revoir la place de l’Homme dans l’écosystème et reconnaître qu’il a les mêmes droits et surtout devoirs que n’importe quelle espèce vivante qui constituent notre planète. Reconnaitre le crime d’écocide c’est également reconnaître la souffrance réelle des écosystèmes qui nous entourent. C’est leur accepter le statut de « personne juridique » et leur reconnaître le droit à la justice, victimes de l’impact par trop néfaste de l’homme.

Enfin officialiser le crime d’écocide, c’est aussi (parce que les intérêts économiques ne sont jamais bien loin), mettre de sérieux bâtons dans les roues de l’exploitation économique et industrielle de notre planète, à l’origine de la très grande majorité des destructions environnementales.  Pas étonnant qu’il soit à ce point difficile de faire passer une mesure pourtant évidente quand on vit dans un monde dirigé par des puissances économiques bien loin des préoccupations écologiques.

Bref accepter le crime d’écocide c’est accepter un droit naturel un peu plus centré sur le vivant en général et un peu moins recentré sur l’homme en particulier. Et aucun doute que les intérêts particuliers de certains ne s’y retrouvent absolument pas !

 

Tout ça pour conclure ainsi : Harry dépêche-toi d’épouser Meghan, qui sait combien de temps encore la Terre va tourner ?

Et vous qu’en pensez-vous ? Les crimes contre l’humanité doivent ils seulement concernés l’humain ? Doit-on être sanctionnés en cas d’atteinte à l’environnement ?

 

Morgane

 

Comment faire bouger les choses ?

Rejoignez le mouvement : eradicatingecocide qui se bat depuis 2011 pour faire le l’ecocide un crime contre l’humanité.

Sources :

https://www.endecocide.org/fr/ecocide/

https://reporterre.net/Pour-une-reconnaissance-juridique-de-l-ecocide

http://www.lemonde.fr/planete/article/2017/05/19/l-ecocide-un-concept-cle-pour-proteger-la-nature_5130487_3244.html

Concernant le syndrome de l’île de Pâques :

https://blogs.mediapart.fr/jean-mezieres/blog/200512/le-syndrome-de-l-ile-de-paques

http://www.laterredufutur.com/accueil/le-syndrome-de-lile-de-paques/

3 commentaires sur “Ecocide : sommes-nous des criminels ?

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  1. L’homme ne détruit pas la Terre qui ne lui appartient pas. L’humain est une espèce qui vient d’arriver par rapport à d’autres espèces qui ont duré sur terre plus longtemps. Il ne détruit pas la Terre qui continuera à tourner de toute façon. La Terre n’a pas attendu l’espèce humaine pour se réchauffer, refroidir, se réchauffer de nouveau, de bouger sa partie terrestre en plusieurs continents, d’enflammer ses volcans, etc…l’homme ne fait que détruire son environnement de vie, soit il met en péril sa propre existence mais pas celle de la Terre qui n’en à rien à faire de la disparition d’une espèce.

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    1. Bonjour « 15ansdemafia ». En effet aucun doute sur le fait qu’à plus ou moins long terme l’Homme est une espèce vouée à disparaitre, pour des raisons évidentes dont il sera le seul responsable. Malheureusement je suis moins optimiste que toi en ce qui concerne l’état dans lequel l’espèce humaine laissera la Terre après son passage, certes très bref mais destructeur. Le terme d’écocide désigne bel et bien des « dégâts irréversibles » faits à l’environnement. Mais bon après tout qu’est-ce qu’on en sait ? Ce serait me contredire que de dire que nous avons tout compris au fonctionnement de la Terre. Peut-être en effet qu’une fois l’espèce humaine disparue tout rentrera dans l’ordre et les rouages de la machine ne seront plus gênés par le grain de sable que nous représentons. Cependant cela reste navrant pour nous tous que le seul moyen de garder la Terre saine soit de disparaître. Cela signifierait que nous aurions totalement échoué à co-exister avec nos environnements. Quel échec !

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  2. Bien ta réponse…mais en fin de compte, nous ne faisons que de détruire la surface de la terre qui nous est indispensable pour vivre. Mais la terre elle-même n’en sera pas pour autant bouleversée. Il est vrai que si notre espèce devait disparaître ou se déplacer, la terre ne peut que mieux s’en porter. Ce n’est pas là non plus, dans le cas où notre espèce devra s’adapter aux conséquences de sa propre bêtise, que ce sera un échec. La réussite de l’espèce humaine n’est peut-être pas de se multiplier à l’infini en vivant mal, mais peut-être de revenir à son origine. Ce qui veut dire, et c’est peut-être la bonne réponse à apporter, la terre n’a pas besoin de nous. Il ne faut pas lier la pollution et autres méfaits provenant de l’homme, à la survie de la terre mais uniquement de l’homme.

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