J’ai assisté à une conférence Zéro Déchet de Jérémie Pichon

Il est 20h quand les lumières s’éteignent dans l’amphithéâtre de la faculté de pharmacie à Nancy. La représentante de l’association familiale catholique de Nancy (AFC) qui a organisé cette soirée avec la Métropole du Grand Nancy lance la conférence sur le zéro déchet qui sera animée en cette belle soirée du 3 octobre par Jérémie Pichon et introduite par un enseignant de l’Université de Lorraine, partenaire de cette soirée.

Jérémie Pichon se tient devant 700 personnes après avoir traversé la France depuis le Sud Ouest pour expliquer la démarche zéro déchet entamée avec sa famille il y a trois ans. Jérémie Pichon c’est le papa de la Famille (presque) zéro déchet, une famille qui a voulu tout mettre en oeuvre pour éviter la consommation, la surconsommation, celle qui est à l’origine des déchets en tout genre. Sa famille est composée de la maman, Bénédicte Moret et de leurs deux enfants. Pour montrer au grand public que c’est possible de tendre vers une vie sans déchet, ils ont ouvert un blog (1 977 048 de visites) et ont publié un livre en mars 2016, La famille (presque) zéro déchet suivit ensuite en novembre du livre pour enfant Les zenfants (presque) zéro déchet. Ces livres sont des guides pour accompagner les lecteurs dans la démarche zéro déchet. Il permet de répondre aux questions éventuelles que l’on peut se poser lorsque l’on veut réduire notre impact environnemental.

La démarche de la famille est une démarche empirique autrement dit ils se basent sur l’expérience et non les théories ! Jérémie Pichon a décrit durant cette soirée son quotidien. Comme bon nombre de français, leur famille remplissait une poubelle de 30 L par semaine c’est à partir de ce constat et d’autres facteurs environnementaux qu’ils ont décidé de « s’attaquer aux déchets visibles pour redéfinir un mode de vie en transition ». Aujourd’hui, trois ans après leur démarche leur poubelle de 6 mois tient dans un bocal. Tout au long de la conférence, Jérémie Pichon  a insisté sur le cycle de l’eau. En effet, nos déchets en France nourrissent négativement l’eau. Il existe en France deux façon de faire disparaître nos déchets :

  • l’enfouissement des déchets qui finiront par se désagréger et se propager en nano-particules qui atteindront les nappes phréatiques, les cours d’eau… En effet, nos déchets stockés, finissent par produire un jus de poubelle nommé lixiviat. Le lixiviat est selon Futura Science « le liquide résiduel engendré par la percolation de l’eau et des liquides à travers une zone de stockage de déchets, de produits chimiques ou tout simplement un sol contaminé par des polluants. » c’est pourquoi Jérémie Pichon explique que notre « poubelle retourne à l’environnement. »
  • l’incinération des déchets (matières organiques, tissus, minerais, fer, métaux etc.) à 900°C dont la pollution engendrées par les fumées et les cendres polluera via la vapeur d’eau, les gaz, etc. notre atmosphère, notre air.

Jérémie Pichon donne des chiffres clés : 1 tonne de poubelle c’est 35 kg de fumées polluées, 200 kg de cendres. Ces déchets ensuite seront « revalorisés » et constituerons nos routes par exemple.

Aujourd’hui ce sont pas moins de 200 kg de déchets par seconde qui finissent dans l’eau. Mais également 100 000 mammifères meurent chaque années à cause de l’ingestion de plastique. Au Nord du Pacifique, les déchets sont nombreux, jusqu’à former des piles de déchets qui représentent un tiers de l’Europe. Cela est dû aux courants marins, les déchets se rejoignent tous au même endroit.

Jérémie Pichon a affirmé qu’il y a « six fois plus de plastiques que de planctons » dans certaines zones océaniques. Les planctons sont à l’origine de la transformation du CO2 en oxygène à hauteur de 50% ! Il ajoute également que comme l’estime Paul Watson, « en 2025 il y aura plus de plastique que de poissons. » La solution avancée lors de la conférence est de sortir du plastique et de l’usage unique. Ce qui fait écho à la volonté de l’Union Européenne d’interdire certains produits à usage unique.

Economie circulaire, revalorisation des déchets…

Dans le zéro déchet ce qui est important selon Jérémie Pichon, c’est de savoir prioriser. On est là dans une approche différente que celle de l’économie circulaire où le plastique peut être recyclé. Or en France seuls 8% des 14 % des plastiques recyclés sont réutilisés ! Et pour pouvoir produire un objet quelconque en plastique recyclé il faudra tout de même du plastique « vierge » explique Jérémie Pichon. Nous devons donc « réduire à la source » car le recyclage ne suffit pas. Et la revalorisation des déchets n’est pas la solution à nos problèmes environnementaux ! En effet, nous envisageons et nous parvenons à utiliser nos déchets comme énergies renouvelables mais est-ce la solution ? Dans ce cas, si ces déchets deviennent une énergie, devons-nous continuer à produire des déchets  questionne Jérémie Pichon. Il faut se recentrer et se poser la question : « est-ce qu’on peut s’en passer ? »

Déchets visibles VS déchets cachés 

Une explication intéressante lors de la conférence était celles des déchets cachés. En effet, l’exemple donné lors de cette soirée était le suivant : pour une brosse à dents il y a 30 grammes de déchets « visibles » environ. Sauf que pour produire cette brosse à dents il aura fallu extraire, concevoir, distribuer etc. Ce qui fait environ 1,5 kg de déchets au final. Jérémie Pichon a ajouté également que pour un ordinateur c’est « 1,5 tonnes de déchets cachés. »

On vit à crédit !

Nous consommons en 7 mois ce que nous devrions consommer en 12 mois ! Jérémie Pichon confirme qu’entre 2000 et 2018 nous sommes passés de l’épuisement des ressources naturelles renouvelables du mois d’octobre à juillet, un recule de trois mois en 18 années ! On nomme cela le jour du dépassement, ce jour où la planète vit à crédit, où ces ressources ont été épuisées. A cela s’ajoute l’extinction des espèces animales, aujourd’hui 1 espèce animale disparaît toutes les 15 minutes. 

Comment passer à un mode de vie zéro déchet ? 

Pour réduire nos déchets et donc notre impact environnemental il faut prendre conscience que nous sommes dans une société de (sur)consommation. Et consommation rime avec déchets. Aujourd’hui nous sommes dans une consommation linéaire explique Jérémie Pichon. Notre croissance est liée à la consommation, que nous faisons quotidiennement ! Tous les processus sur Terre ont besoin d’eau, eau que nous polluons continuellement avec ces déchets issus de la surconsommation. « Aujourd’hui on extrait, on construit, on jouit, on jette », voila le résultat du regard porté sur notre société par Jérémie Pichon.  On produit 390 kg de déchet par an et par français ! (Remarque : nous sommes environ 67 000 000 Français en 2018 selon l’INSEE.)

Jérémie Pichon nous propose des solutions pour en finir avec les déchets :

  • Ne pas acheter, refuser en remplaçant
  • Se demander si on en a besoin (regarder les choses sous l’angle du déchet)
  • Acheter d’occasion
  • Consommer autrement : durable (durée de vie), labellisé, réparable (prolonger la durée de vie d’un produit), recyclable.

Il faut « savoir se désencombrer ». Finalement adhérer au zéro déchet c’est également entrer dans le minimalisme. Il faut toujours se questionner sur l’utilité, si on en a besoin. Tout ce qui ne nous sert pas nous pouvons en faire don ou le vendre.

Jérémie Pichon et sa famille ont réussit à se désencombrer, en se posant les bonnes questions, les enfants ont également participé nous dit-il. Ils ont vendus ce qui ne leur convenait plus, ils préfèrent acheter d’occasion ce qui permet de « réduire l’impact écologique car la durée de vie du produit est plus longue voire on peut donner une nouvelle vie à l’objet, on participe à l’économie des ressources »  explique-t-il.

Le zéro déchet au niveau alimentaire, il faut « passer un cap psychologique, celui des courses à la semaine, ne plus avoir de stocks et cuisiner ! » concède-t-il. En effet, la famille (presque) zéro déchet fait ses courses une fois par semaine au marché afin de tenir la semaine. Comme tout est brut, il faut cuisiner et cela prend parfois plus de temps que les produits industriels prêts en 5 minutes ! Mais finalement, une fois que l’on se met à cuisiner, on comprend qu’il ne faut pas beaucoup plus de temps pour de nombreuses recettes simples et savoureuses.

Le zéro déchet au niveau hygiène c’est assez simple selon Jérémie Pichon. Nous pouvons remplacer les produits en les fabriquant : vinaigre blanc, bicarbonate, savon noir, huiles essentielles, savon de Marseille, soude de cristaux, percarbonate, acide citrique seront vos meilleurs alliés !

Le zéro déchet dans la salle de bain : « 12 couches (pour bébés) sur 14 sont toxiques », il faut faire attention aux perturbateurs endocriniens qui sont nombreux dans les produits d’hygiène… Le retour aux couches lavables est conseillé. Nous pouvons en finir également avec les cotons tiges, les cotons démaquillant, les rasoirs jetables etc.

Le zéro déchet dans la cuisine : il faut éviter le plus possible le plastique, l’aluminium, le silicone etc., ces matières qui une fois chauffées migrent dans les aliments, l’eau… Il est préférable d’user de l’inox, du bois, du verre, du métal. Jérémie Pichon affirme que nous utilisons 5 kg de vaisselle jetables par personne sur un an !

Mais il existe encore des difficultés pour cette famille : l’ordinateur et le smartphone qui sont « nécessaire pour travailler », pour la « sociabilité ». (Cf. E-waste tragedy – Green Peace) Affaire à suivre !

Enfin, durant la première année zéro déchet, Jérémie et sa famille ont réduit leur budget familiale de 20%. Ils sont entrés dans « un cercle vertueux » affirme-t-il. Ils ont arrêté de dépenser, ont pu prendre du temps pour faire autre chose. Réduire son budget familiale peut être aussi l’opportunité de moins travailler car on a su faire des économies autrement.

Jérémie Pichon est réaliste et son conseil pour débuter le zéro déchet est d’être patient, mais aussi être indulgent ! Sa famille (presque) zéro déchet aura mis trois ans pour parvenir à un bocal de déchet pour 6 mois à 4 personnes. Après cette expérience « on ne revient pas en arrière » confie Jérémie Pichon, car « on gagne en économie, en qualité de vie. » Il faut selon lui, « favoriser l’économie locale et résiliente ». N’oublions pas que la France doit dépenser 14 milliards d’euros pour traiter ses déchets !

Jérémie Pichon conclue cette conférence riche en informations, qui a pu provoquer une prise de conscience, donner envie de changer, faire partie du changement à bon nombre des participants, en parlant de sobriété heureuse. En effet, nous pouvons tous tendre à une vie remplie de joie, de bonheur sans pour autant être dans le superflu, l’abondance.

La qualité n’est pas au rendez-vous mais le plus important n’est pas là !

Laura

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